L’après-divorce comme une prison, ou comme une merde collée à ma semelle

 

Avant-hier soir, dans un moment d’impudeur, je me suis mise toute nue sur Instagram j’ai dit sur Twitter que j’étais récemment passée de la solitude à l’isolement, et que globalement je n’en ai rien à foutre, parce que je suis émotionnellement anesthésiée. Ce n’est pas tout à fait vrai : je suis folle de rage en fait.

Ayant eu l’occasion d’en discuter avec des femmes qui ont vécu la même chose que moi, j’ai pris conscience du fait que si on en arrive à un stade où tout, même l’isolement, semble préférable à des contacts directs avec les gens, ce n’est pas forcément parce qu’on est déprimée, même si ça peut arriver bien sûr. Non, si on s’isole, ou si on laisse s’installer un certain isolement, c’est parce qu’au bout de quelques mois, il devient simplement trop pesant de ne plus être une personne à part entière mais une simple extension d’un événement : le divorce. Le divorce comme seule identité, et comme élément saillant de notre inscription sociale, voilà ce qui reste une fois que les papiers sont signés, quand on est une femme. Ça et le fait d’être obligée de répondre à des cons, qui nous ramènent constamment au divorce.

Sans avoir lu d’études sur le sujet (je ne sais même pas s’il y en a et je m’en fous, je n’ai pas systématiquement envie de me documenter sur mon ressenti), je suis prête à parier qu’une fois divorcées, la plupart des femmes seraient ravies de passer à autre chose. Oh bien sûr, on est d’accord sur la possibilité d’un temps de deuil, sur les variations intimes de notre calendrier émotionnel, sur l’apaisement progressif des souffrances passées, et puis sur la digestion des amertumes diverses. Tout cela peut demander du temps mais on le sait, on le gère et on l’accepte, ça fait partie du marché. Et même, pour la reconstruction personnelle, on est ok pour dire que ça ne se fera pas en un jour, donc on n’a pas non plus l’oeil sur la montre (du coup, pour celles qui ont le culot d’aller mieux rapidement, la société n’a aucune pitié : elles sont perçues comme des meufs sans cœur, car la culture du trauma a là aussi de beaux jours devant elle).

Mais une fois l’onde de choc absorbée et les papiers signés, on a globalement envie de classer l’affaire et de recommencer à avancer, proprement et sainement. Ce qu’on aimerait, c’est laisser tout ça derrière nous, pas forcément en mettant un voile dessus, et pas non plus pour se dissimuler quoi que ce soit. Non, ce qu’on voudrait, c’est archiver le divorce dans le dossier “Cold cases”, sous le fichier partie_de_notre_histoire.docx et le laisser reposer en paix, en tant qu’étape de notre vie, ou même événement fondateur pour certaines, vraiment pourquoi pas, à chacune de donner la place qu’elle souhaite ou qu’elle peut à quelque chose qui a pu être marquant, mais on n’a pas envie d’être exclusivement définie par le divorce. Résumée à ça.

On en a marre d’être dans l’après-divorce, constamment, tous les jours. On en a plein le cul de s’y emmêler les pinceaux à chaque pas, de s’y cogner dès qu’on bouge un cil, de se le prendre en pleine gueule à chaque appel téléphonique, d’être ramenée à ça dès qu’on fait la moindre démarche et de trébucher dessus dès qu’on tente d’aller de l’avant.

L’après-divorce est une odeur tenace qui nous suit partout, avec la puanteur et la consistance d’une merde collée à la semelle de nos chaussures. Ce n’est pas un stigmate social, ni une infamie publique, c’est juste un truc dont on n’arrive pas à se défaire, pendant un temps beaucoup trop long. Et dès qu’on essaie d’être soi, délivrée de ce fardeau, tout nous rappelle qu’on ne peut pas.

Quand j’ai pris la décision de divorcer, j’ai réussi à anticiper pas mal de choses. Passé le premier élan salvateur (celui qui m’a permis de sortir physiquement mon ex-mari du domicile), j’ai organisé et mis sous contrôle logistique et administratif tout ce qui pouvait l’être. Quand je suis arrivée chez mon avocate, pour le premier rendez-vous, j’avais ce carnet, qui est devenu mon “carnet de divorce” :

J’avais commencé à lister toutes les démarches, les trucs à modifier, les objets à trier. Par la suite, j’y ai consigné l’avancée de la procédure, les différentes étapes du marathon administratif que j’allais devoir entamer après la signature de la convention, bref toutes les choses très chiantes auxquelles je n’avais aucun moyen d’échapper.

C’était assez rébarbatif. Mais en dépit de tout ça, dès la fin du mois de janvier j’ai vécu dans un état d’euphorie permanente, fait de redécouvertes ébahies et de petits bonheurs oubliés : entrer dans n’importe quelle pièce sans avoir de boule au ventre, me déshabiller sans avoir honte ou peur d’être mal regardée, ne plus avoir de relations sexuelles stressantes ou pesantes, ne plus me plier à des pratiques qui me déplaisent pour apaiser l’atmosphère conjugale, ne plus entendre que je suis nulle de refuser telle ou telle chose, que si je l’aimais vraiment je pourrais faire un effort, parce que je ne fais jamais d’efforts, je suis une égoïste, que j’ai de la chance qu’il ait encore envie de moi, que je ne le respecte pas assez, ne plus être attaquée sur mon poids, ne plus sursauter en entendant la porte s’ouvrir, choisir moi-même ce que j’écoute, ce que je regarde, ne plus avoir à me demander si je vais être insultée parce que LUI a passé une journée de merde, ou parce qu’il n’a pas eu le temps de sauter une de ses maîtresses tranquillement, ne plus avoir à lui consacrer tout mon argent, ne plus avoir à craindre de demander s’il est éventuellement possible qu’il ne lâche pas ce job parce que ça va nous foutre dans la merde et que c’est lourd de tout payer seule, et par conséquent ne plus me faire engueuler parce que mon statut de travailleuse indépendante est stressant pour LUI, attacher mes cheveux sans me prendre une remarque dégueulasse sur les rondeurs de mon visage, ne plus être accusée d’être une salope ou une folle, inviter qui je veux sans être obligée de gérer une semaine de reproches ensuite, ne plus être obligée de dissimuler aux enfants ses menaces récurrentes de me quitter (“Je t’interdis de le dire aux enfants, je veux divorcer mais on leur dit pas. T’as intérêt à fermer ta grande gueule pour une fois. Si t’en parles aux enfants, si tu leur dis que je veux me barrer, ça prouvera que t’es une putain de grande gueule d’égoïste, une mère pourrie, et que tu sais pas les protéger“), ne plus avoir peur de demander “Ça va ?“, retrouver le droit de rire et de fredonner sans qu’il entre dans la pièce pour sécher sur pied ma bonne humeur à coups de remarques hargneuses “Ah ben ça va, je vois que t’as le moral, on se demande ce qui te rend si contente“, “Moi je suis malheureux, tu vois bien que je suis malheureux, que je suis pas bien, et toi tu mets de la musique, forcément pour toi tout va bien“, ne plus me coucher le soir dans une ambiance de reproches silencieux, jusqu’à ce que j’ose demander “Y a quelque chose qui va pas ?“, ce qui déclenchait systématiquement une déferlante d’accusations et d’insultes, à base de “T’es qu’une salope égoïste, tu crois que tout tourne autour de toi“, ne plus avoir à craindre, comme quand je le “poussais à bout” d’être empoignée, secouée, à en avoir le cuir chevelu en feu et des marques sur les bras, ne plus avoir à m’enfermer dans la salle de bains en l’entendant me menacer de l’autre côté de la porte “Allez va, maintenant, va pleurer chez les flics pour leur dire que t’es une putain de victime, une pauvre femme battue, Madame la Féministe de merde, t’inquiète moi je leur raconterai comment tu me pousses à bout“, ne plus avoir peur de voir mes affaires voler à travers la pièce ou balancées au bord de la fenêtre, ne plus être sous l’interdiction d’écrire un livre, car la dernière fois que j’en ai sorti un il m’a dit “C’est le dernier que tu écris, je ne veux plus avoir à supporter ça“, ne plus me voir laide dans son regard, ne plus avoir à faire semblant de l’admirer pour le rendre plus fort, ne plus avoir à faire bonne figure devant les enfants alors que je crevais à petit feu à l’intérieur, ne plus avoir à le supporter 8 heures par jour dans mon bureau, exigeant ma disponibilité pour tout, pour rien, pour répondre à des questions, pour pondre un courrier, pour lui remonter le moral, ne plus l’entendre et le voir se moquer de moi dès que je montrais un signe de faiblesse (c’est assez dégueulasse, quelqu’un qui se met à gueuler ou à rire devant des larmes), ne plus avoir honte d’en être arrivée là, ne plus contempler ma vie avec le sentiment de voir un bateau couler, enfin ne plus avoir à être moins que moi-même pour qu’il se sente plus que nous tous réunis.

Cette énumération a l’air déprimante et victimaire, mais c’est tout l’inverse en fait : pouvoir mettre chaque description au passé, constater que tout ça c’est fini, franchement c’est un putain de bonheur, ça l’a été tout de suite après son départ, et ça l’est encore à chaque seconde de ma vie.

Je me suis quand même un peu méfiée de cette euphorie post-séparation. Je me disais que ça n’allait pas durer, que j’allais sûrement me prendre un contrecoup après la première phase d’ivresse, que personne ne peut s’en tirer aussi bien aussi vite, parce qu’avant de s’en sortir il faut déjà accepter que tout ce qu’on a voulu banaliser était réellement des violences, et que peut-être on n’avait trouvé que la banalisation comme stratégie de survie. Alors forcément, admettre qu’on est victime c’est tout de suite moins fun, ça plombe un peu l’ambiance, et puis regarder la violence en face ça rend la réalité insupportable, et le combat qu’on entamait chaque matin pour arriver au soir sans s’écrouler, ce combat-là n’aurait pas été possible sans banaliser les choses.

Alors quand j’ai pris conscience de tout ça, j’ai fait preuve d’humilité, et j’ai accepté l’idée que peut-être ce serait trop beau de me retrouver indemne. Je me suis faite à l’idée d’en chier un bon coup, à un moment ou un autre.

Mais l’été est arrivé et je me suis retrouvée, sinon indemne, du moins entière et à nouveau moi-même. Et toujours ravie de tout et de rien, ce qui m’a donné l’impression d’être une connasse auto-satisfaite, ok et alors. En dépit de toutes ses vacheries pendant la procédure de divorce, des menaces, du chantage, des insultes, de l’absolue et définitive mauvaise foi, des tentatives d’inversion de culpabilité, des violences envers moi et les enfants, j’avais tenu bon et j’étais enfin divorcée.

Avec un beau sourire de championne, j’ai entamé les démarches pour avoir à nouveau des papiers à mon nom. Je suis devenue officiellement propriétaire de ma voiture. Entre février et juin j’ai patiemment effacé toute trace de lui dans la maison, en veillant tout de même à ne pas brusquer les enfants, car si j’avais besoin d’éradiquer la présence de mon ex-mari, je ne voulais pas supprimer de la vie de mes enfants tout souvenir de leur père, qui a coupé les ponts avec eux comme un gros con qu’il est, non sans leur avoir expliqué que c’était ma faute puisque je les avais “montés” contre lui. J’ai géré tout ça du mieux que j’ai pu. Plutôt bien, en fait.

Et puis à un moment, le marathon a pris fin. J’ai eu une carte d’identité sans mon ancien nom d’épouse, tous les contrats relatifs à mon domicile sont devenus les miens, et ma vie a commencé à devenir exactement ce que je voulais qu’elle soit.

J’ai cru que je pouvais avancer. Mais je découvre, folle de rage, que je suis prisonnière d’une espèce de bourbier qui s’appelle l’après-divorce. Je n’arrive pas à mettre de la distance entre l’événement et moi, et ce n’est pas parce que je souffre de stress post-traumatique : je fais parfois des cauchemars mais globalement, je vais bien, ce qui pose d’ailleurs souci à pas mal de monde, car il semblerait qu’aller aussi bien quand on a subi ce genre de choses, ce n’est ni très convenable ni très crédible. Mais je suis une vieille routarde des injonctions contradictoires et j’emmerde les gens qui ne voient pas de problème dans le fait de me pousser à me recaser le plus vite possible, tout en trouvant suspect que je ne sois pas plus meurtrie. Notre société veut des bonnes victimes : marquées à jamais mais prêtes à remettre le couvert. Souriantes mais contrites. Survivantes mais pas trop. Bon, concrètement je les envoie tous se faire foutre et c’est très efficace : oui je pousse de gros éclats de rire parce que je suis heureuse, et non je n’ai pas envie d’écarter les cuisses devant le premier Jean Foutre venu, tu vas faire quoi.

Malgré ça, je suis quand même coincée dans la faille temporelle de l’après-divorce. À croire que la DeLorean n’a plus de carburant pour repartir. Et non, ce n’est pas le fait d’avoir créé ce site et d’écrire des chroniques sur le sujet qui me freine. Bien au contraire. Sans ce projet je serais encore plus embourbée. Chaque mot que je publie m’aide à me défaire un peu de tout ça, mais c’est encore trop lent à mon goût.

Pour l’administration fiscale, je suis encore Madame, épouse de. Et ce jusqu’à ma prochaine déclaration de revenus en 2020. C’est un détail, mais ça m’emmerde.

Pour tous les organismes avec qui je dois communiquer, je suis Madame, divorcée de.

Et au quotidien, pour tout le monde, pour chaque connaissance, relation, pote à qui je me confronte, car depuis le mois de janvier je ne croise pas les gens, je m’y confronte, je ne suis pas encore moi, puisque je suis l’ex-femme de. Personne ne me voit, moi. En revanche tout le monde a envie de savoir comment va l’ex-femme de. Ce qui est très gentil, quelque part. Mais j’en ai assez.

J’en ai surtout assez qu’on me dise que c’est quand même dommage car nous formions un beau couple. J’en ai assez qu’on me raconte que tout le monde me plaignait parce que tout le monde savait, mais que c’est quand même dommage, et peut-être que ça aurait pu s’arranger après tout. Mais oui bande de cons, vous avez raison, bien sûr, j’aurais pu faire un effort pour que ça s’arrange, ça n’aurait jamais été que le 3252ème putain d’effort, et dans 6 mois les marques sur mes bras seraient devenues des bleus sur ma gueule, et dans 4 ans je serais allée en cachette supplier les flics de prendre ma plainte, et dans 6 ans je serais entrée dans les statistiques, et pour finir #NousToutes m’aurait attribué un numéro sur une pancarte et des meufs impliquées et sincèrement horrifiées par mon sort auraient collé mon prénom sur les murs d’une grande ville avec une citation du veuf en gardav dans de beaux guillemets noirs, tandis que des connards sur Twitter auraient continué à se demander pourquoi les meufs choisissent mal leur mec et franchement non merci, je n’ai aucune envie de vérifier si ce que je dis est une projection fantasmée ou un danger auquel j’ai réellement échappé, mais avoir été traînée par la tignasse dans mon bureau me donne à penser que mon scénario n’est pas si irréaliste que ça et que ce qui m’attendait dans les prochains temps partait plutôt dans cette direction. Je n’aurai jamais à le vérifier. Et ça, c’est en soi un immense bonheur.

Une chose est sûre dans tous les cas : je vous hais toutes et tous, quand vous me dites des trucs pareils, quand vous me dites que c’est dommage. Foutez-vous bien ça dans le crâne, inconscient.e.s que vous êtes : chaque personne qui dit à une femme ayant réussi à quitter un homme violent (physiquement ou moralement) que c’est dommage et qu’elle aurait pu faire un effort, chacune de ces personnes porte une part de responsabilité dans le fait que toutes les autres ne parviennent pas à partir. Oui, je sais que les obstacles à la séparation sont nombreux, et qu’il y a l’emprise, le manque d’argent, la peur et la sidération, mais tous les connards et toutes les connasses qui viennent encourager les femmes victimes de violences à faire des efforts, et qui leur disent qu’elles forment un beau couple et que ce serait dommage, eh bien ces gens sont des complices du système qui cautionne les violences conjugales. Fermez vos gueules, soutenez celles qui y sont encore et félicitez celles qui sont parties.

Alors mon bonheur est imbibé de rage, j’avoue. Et ça, ça m’empêche d’avancer. Toute cette colère, mal accueillie et pas très présentable, elle me cloue sur place et elle me coupe le souffle.

J’en ai également assez qu’on ne me laisse pas bavarder 5 minutes sans essayer de me ré-associer à lui, parce qu’on a du mal à recomposer un paysage local sans ce tandem que nous formions. Je ne supporte plus qu’on me demande si je ne regrette pas. Parce que je ne peux pas toujours parler des vraies raisons qui m’ont poussée à divorcer. J’ai trop honte. Paradoxalement, personne n’arrive à me laisser être célibataire : puisqu’on ne peut plus m’associer à mon ex-mari, il faut absolument tenter de m’associer à un nouveau mec, il semble qu’on ne me foutra pas la paix tant que je ne me serai pas recasée, tant que je ne serai pas la propriété officielle d’un nouveau bonhomme.

Alors oui, en parallèle j’ai aussi des problèmes de fric et on pourrait croire que c’est également un truc qui m’empêche d’avancer. Je comprends que ma situation administrative et professionnelle puisse être perçue comme un rappel constant de ma décision de divorcer. Mais dans mon esprit ce n’est pas le cas. Je n’ai aucun souci à affronter ce qui est pourtant une conséquence directe de mon divorce, c’est-à-dire le manque d’argent, surtout en ayant perdu mon job. Mais c’est le prix à payer et je le paierais cent fois s’il le fallait.

De toute façon, quand on est une femme on est parfaitement formée à payer une facture bien salée pour tout ce qu’on obtient, parce que neuf fois sur dix on doit se battre pour obtenir le moindre truc. Mais après tout on s’en tape : l’endurance coule dans nos veines, et gérer les tombereaux de merde qui suivent un divorce ne nous fait même pas battre des cils, à nous autres sales meufs égoïstes qui avons détruit nos familles pour ne plus servir de paillasson à des connards.

Alors je veux bien affronter mes emmerdements. Mais j’en ai marre d’être dans l’après-divorce, c’est bon, faut que ça bouge, là. Je suis, malgré tout ce qui me plombe en ce moment, profondément, viscéralement, passionnément heureuse. Même si je ne nie pas être meurtrie, abîmée, voire un tantinet bancale par moments, mais bordel de merde, je suis heureuse.

Y compris quand j’écris ici, parce que ça aussi, c’est un truc que ce divorce m’a rendu : le droit d’écrire.

Alors j’ai vraiment hâte de vivre une vie qui ne soit pas la suite d’une histoire mais mon histoire tout court.