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L’après-divorce comme une prison, ou comme une merde collée à ma semelle

 

Avant-hier soir, dans un moment d’impudeur, je me suis mise toute nue sur Instagram j’ai dit sur Twitter que j’étais récemment passée de la solitude à l’isolement, et que globalement je n’en ai rien à foutre, parce que je suis émotionnellement anesthésiée. Ce n’est pas tout à fait vrai : je suis folle de rage en fait.

Ayant eu l’occasion d’en discuter avec des femmes qui ont vécu la même chose que moi, j’ai pris conscience du fait que si on en arrive à un stade où tout, même l’isolement, semble préférable à des contacts directs avec les gens, ce n’est pas forcément parce qu’on est déprimée, même si ça peut arriver bien sûr. Non, si on s’isole, ou si on laisse s’installer un certain isolement, c’est parce qu’au bout de quelques mois, il devient simplement trop pesant de ne plus être une personne à part entière mais une simple extension d’un événement : le divorce. Le divorce comme seule identité, et comme élément saillant de notre inscription sociale, voilà ce qui reste une fois que les papiers sont signés, quand on est une femme. Ça et le fait d’être obligée de répondre à des cons, qui nous ramènent constamment au divorce.

Sans avoir lu d’études sur le sujet (je ne sais même pas s’il y en a et je m’en fous, je n’ai pas systématiquement envie de me documenter sur mon ressenti), je suis prête à parier qu’une fois divorcées, la plupart des femmes seraient ravies de passer à autre chose. Oh bien sûr, on est d’accord sur la possibilité d’un temps de deuil, sur les variations intimes de notre calendrier émotionnel, sur l’apaisement progressif des souffrances passées, et puis sur la digestion des amertumes diverses. Tout cela peut demander du temps mais on le sait, on le gère et on l’accepte, ça fait partie du marché. Et même, pour la reconstruction personnelle, on est ok pour dire que ça ne se fera pas en un jour, donc on n’a pas non plus l’oeil sur la montre (du coup, pour celles qui ont le culot d’aller mieux rapidement, la société n’a aucune pitié : elles sont perçues comme des meufs sans cœur, car la culture du trauma a là aussi de beaux jours devant elle).

Mais une fois l’onde de choc absorbée et les papiers signés, on a globalement envie de classer l’affaire et de recommencer à avancer, proprement et sainement. Ce qu’on aimerait, c’est laisser tout ça derrière nous, pas forcément en mettant un voile dessus, et pas non plus pour se dissimuler quoi que ce soit. Non, ce qu’on voudrait, c’est archiver le divorce dans le dossier “Cold cases”, sous le fichier partie_de_notre_histoire.docx et le laisser reposer en paix, en tant qu’étape de notre vie, ou même événement fondateur pour certaines, vraiment pourquoi pas, à chacune de donner la place qu’elle souhaite ou qu’elle peut à quelque chose qui a pu être marquant, mais on n’a pas envie d’être exclusivement définie par le divorce. Résumée à ça.

On en a marre d’être dans l’après-divorce, constamment, tous les jours. On en a plein le cul de s’y emmêler les pinceaux à chaque pas, de s’y cogner dès qu’on bouge un cil, de se le prendre en pleine gueule à chaque appel téléphonique, d’être ramenée à ça dès qu’on fait la moindre démarche et de trébucher dessus dès qu’on tente d’aller de l’avant.

L’après-divorce est une odeur tenace qui nous suit partout, avec la puanteur et la consistance d’une merde collée à la semelle de nos chaussures. Ce n’est pas un stigmate social, ni une infamie publique, c’est juste un truc dont on n’arrive pas à se défaire, pendant un temps beaucoup trop long. Et dès qu’on essaie d’être soi, délivrée de ce fardeau, tout nous rappelle qu’on ne peut pas.

Quand j’ai pris la décision de divorcer, j’ai réussi à anticiper pas mal de choses. Passé le premier élan salvateur (celui qui m’a permis de sortir physiquement mon ex-mari du domicile), j’ai organisé et mis sous contrôle logistique et administratif tout ce qui pouvait l’être. Quand je suis arrivée chez mon avocate, pour le premier rendez-vous, j’avais ce carnet, qui est devenu mon “carnet de divorce” :

J’avais commencé à lister toutes les démarches, les trucs à modifier, les objets à trier. Par la suite, j’y ai consigné l’avancée de la procédure, les différentes étapes du marathon administratif que j’allais devoir entamer après la signature de la convention, bref toutes les choses très chiantes auxquelles je n’avais aucun moyen d’échapper.

C’était assez rébarbatif. Mais en dépit de tout ça, dès la fin du mois de janvier j’ai vécu dans un état d’euphorie permanente, fait de redécouvertes ébahies et de petits bonheurs oubliés : entrer dans n’importe quelle pièce sans avoir de boule au ventre, changer de marque de café sans risque de drame au sujet de ma prétendue volonté de le dominer, me déshabiller sans avoir honte ou peur d’être mal regardée, ne plus avoir de relations sexuelles stressantes ou pesantes, ne plus me plier à des pratiques qui me déplaisent pour apaiser l’atmosphère conjugale, ne plus entendre que je suis nulle de refuser telle ou telle chose, que si je l’aimais vraiment je pourrais faire un effort, parce que je ne fais jamais d’efforts, je suis une égoïste, que j’ai de la chance qu’il ait encore envie de moi, que je ne le respecte pas assez, ne plus être attaquée sur mon poids, ne plus sursauter en entendant la porte s’ouvrir, choisir moi-même ce que j’écoute, ce que je regarde, ne plus avoir à me demander si je vais être insultée parce que LUI a passé une journée de merde, ou parce qu’il n’a pas eu le temps de sauter une de ses maîtresses tranquillement, ne plus avoir à lui consacrer tout mon argent, ne plus avoir à craindre de demander s’il est éventuellement possible qu’il ne lâche pas ce job parce que ça va nous foutre dans la merde et que c’est lourd de tout payer seule, et par conséquent ne plus me faire engueuler parce que mon statut de travailleuse indépendante est stressant pour LUI, attacher mes cheveux sans me prendre une remarque dégueulasse sur les rondeurs de mon visage, ne plus être accusée d’être une salope ou une folle, inviter qui je veux sans être obligée de gérer une semaine de reproches ensuite, ne plus être obligée de dissimuler aux enfants ses menaces récurrentes de me quitter (“Je t’interdis de le dire aux enfants, je veux divorcer mais on leur dit pas. T’as intérêt à fermer ta grande gueule pour une fois. Si t’en parles aux enfants, si tu leur dis que je veux me barrer, ça prouvera que t’es une putain de grande gueule d’égoïste, une mère pourrie, et que tu sais pas les protéger“), ne plus avoir peur de demander “Ça va ?“, retrouver le droit de rire et de fredonner sans qu’il entre dans la pièce pour sécher sur pied ma bonne humeur à coups de remarques hargneuses “Ah ben ça va, je vois que t’as le moral, on se demande ce qui te rend si contente“, “Moi je suis malheureux, tu vois bien que je suis malheureux, que je suis pas bien, et toi tu mets de la musique, forcément pour toi tout va bien“, ne plus me coucher le soir dans une ambiance de reproches silencieux, jusqu’à ce que j’ose demander “Y a quelque chose qui va pas ?“, ce qui déclenchait systématiquement une déferlante d’accusations et d’insultes, à base de “T’es qu’une salope égoïste, tu crois que tout tourne autour de toi“, ne plus avoir à craindre, comme quand je le “poussais à bout” d’être empoignée, secouée, à en avoir le cuir chevelu en feu et des marques sur les bras, ne plus avoir à m’enfermer dans la salle de bains en l’entendant me menacer de l’autre côté de la porte “Allez va, maintenant, va pleurer chez les flics pour leur dire que t’es une putain de victime, une pauvre femme battue, Madame la Féministe de merde, t’inquiète moi je leur raconterai comment tu me pousses à bout“, ne plus avoir peur de voir mes affaires voler à travers la pièce ou balancées au bord de la fenêtre, ne plus être sous l’interdiction d’écrire un livre, car la dernière fois que j’en ai sorti un il m’a dit “C’est le dernier que tu écris, je ne veux plus avoir à supporter ça“, ne plus me voir laide dans son regard, ne plus avoir à faire semblant de l’admirer pour le rendre plus fort, ne plus avoir à faire bonne figure devant les enfants alors que je crevais à petit feu à l’intérieur, ne plus avoir à le supporter 8 heures par jour dans mon bureau, exigeant ma disponibilité pour tout, pour rien, pour répondre à des questions, pour pondre un courrier, pour lui remonter le moral, ne plus l’entendre et le voir se moquer de moi dès que je montrais un signe de faiblesse (c’est assez dégueulasse, quelqu’un qui se met à gueuler ou à rire devant des larmes), ne plus avoir honte d’en être arrivée là, ne plus contempler ma vie avec le sentiment de voir un bateau couler, enfin ne plus avoir à être moins que moi-même pour qu’il se sente plus que nous tous réunis.

Cette énumération a l’air déprimante et victimaire, mais c’est tout l’inverse en fait : pouvoir mettre chaque description au passé, constater que tout ça c’est fini, franchement c’est un putain de bonheur, ça l’a été tout de suite après son départ, et ça l’est encore à chaque seconde de ma vie.

Je me suis quand même un peu méfiée de cette euphorie post-séparation. Je me disais que ça n’allait pas durer, que j’allais sûrement me prendre un contrecoup après la première phase d’ivresse, que personne ne peut s’en tirer aussi bien aussi vite, parce qu’avant de s’en sortir il faut déjà accepter que tout ce qu’on a voulu banaliser était réellement des violences, et que peut-être on n’avait trouvé que la banalisation comme stratégie de survie. Alors forcément, admettre qu’on est victime c’est tout de suite moins fun, ça plombe un peu l’ambiance, et puis regarder la violence en face ça rend la réalité insupportable, et le combat qu’on entamait chaque matin pour arriver au soir sans s’écrouler, ce combat-là n’aurait pas été possible sans banaliser les choses.

Alors quand j’ai pris conscience de tout ça, j’ai fait preuve d’humilité, et j’ai accepté l’idée que peut-être ce serait trop beau de me retrouver indemne. Je me suis faite à l’idée d’en chier un bon coup, à un moment ou un autre.

Mais l’été est arrivé et je me suis retrouvée, sinon indemne, du moins entière et à nouveau moi-même. Et toujours ravie de tout et de rien, ce qui m’a donné l’impression d’être une connasse auto-satisfaite, ok et alors. En dépit de toutes ses vacheries pendant la procédure de divorce, des menaces, du chantage, des insultes, de l’absolue et définitive mauvaise foi, des tentatives d’inversion de culpabilité, des violences envers moi et les enfants, j’avais tenu bon et j’étais enfin divorcée.

Avec un beau sourire de championne, j’ai entamé les démarches pour avoir à nouveau des papiers à mon nom. Je suis devenue officiellement propriétaire de ma voiture. Entre février et juin j’ai patiemment effacé toute trace de lui dans la maison, en veillant tout de même à ne pas brusquer les enfants, car si j’avais besoin d’éradiquer la présence de mon ex-mari, je ne voulais pas supprimer de la vie de mes enfants tout souvenir de leur père, qui a coupé les ponts avec eux comme un gros con qu’il est, non sans leur avoir expliqué que c’était ma faute puisque je les avais “montés” contre lui. J’ai géré tout ça du mieux que j’ai pu. Plutôt bien, en fait.

Et puis à un moment, le marathon a pris fin. J’ai eu une carte d’identité sans mon ancien nom d’épouse, tous les contrats relatifs à mon domicile sont devenus les miens, et ma vie a commencé à devenir exactement ce que je voulais qu’elle soit.

J’ai cru que je pouvais avancer. Mais je découvre, folle de rage, que je suis prisonnière d’une espèce de bourbier qui s’appelle l’après-divorce. Je n’arrive pas à mettre de la distance entre l’événement et moi, et ce n’est pas parce que je souffre de stress post-traumatique : je fais parfois des cauchemars mais globalement, je vais bien, ce qui pose d’ailleurs souci à pas mal de monde, car il semblerait qu’aller aussi bien quand on a subi ce genre de choses, ce n’est ni très convenable ni très crédible. Mais je suis une vieille routarde des injonctions contradictoires et j’emmerde les gens qui ne voient pas de problème dans le fait de me pousser à me recaser le plus vite possible, tout en trouvant suspect que je ne sois pas plus meurtrie. Notre société veut des bonnes victimes : marquées à jamais mais prêtes à remettre le couvert. Souriantes mais contrites. Survivantes mais pas trop. Bon, concrètement je les envoie tous se faire foutre et c’est très efficace : oui je pousse de gros éclats de rire parce que je suis heureuse, et non je n’ai pas envie d’écarter les cuisses devant le premier Jean Foutre venu, tu vas faire quoi.

Malgré ça, je suis quand même coincée dans la faille temporelle de l’après-divorce. À croire que la DeLorean n’a plus de carburant pour repartir. Et non, ce n’est pas le fait d’avoir créé ce site et d’écrire des chroniques sur le sujet qui me freine. Bien au contraire. Sans ce projet je serais encore plus embourbée. Chaque mot que je publie m’aide à me défaire un peu de tout ça, mais c’est encore trop lent à mon goût.

Pour l’administration fiscale, je suis encore Madame, épouse de. Et ce jusqu’à ma prochaine déclaration de revenus en 2020. C’est un détail, mais ça m’emmerde.

Pour tous les organismes avec qui je dois communiquer, je suis Madame, divorcée de.

Et au quotidien, pour tout le monde, pour chaque connaissance, relation, pote à qui je me confronte, car depuis le mois de janvier je ne croise pas les gens, je m’y confronte, je ne suis pas encore moi, puisque je suis l’ex-femme de. Personne ne me voit, moi. En revanche tout le monde a envie de savoir comment va l’ex-femme de. Ce qui est très gentil, quelque part. Mais j’en ai assez.

J’en ai surtout assez qu’on me dise que c’est quand même dommage car nous formions un beau couple. J’en ai assez qu’on me raconte que tout le monde me plaignait parce que tout le monde savait, mais que c’est quand même dommage, et peut-être que ça aurait pu s’arranger après tout. Mais oui bande de cons, vous avez raison, bien sûr, j’aurais pu faire un effort pour que ça s’arrange, ça n’aurait jamais été que le 3252ème putain d’effort, et dans 6 mois les marques sur mes bras seraient devenues des bleus sur ma gueule, et dans 4 ans je serais allée en cachette supplier les flics de prendre ma plainte, et dans 6 ans je serais entrée dans les statistiques, et pour finir #NousToutes m’aurait attribué un numéro sur une pancarte et des meufs impliquées et sincèrement horrifiées par mon sort auraient collé mon prénom sur les murs d’une grande ville avec une citation du veuf en gardav dans de beaux guillemets noirs, tandis que des connards sur Twitter auraient continué à se demander pourquoi les meufs choisissent mal leur mec et franchement non merci, je n’ai aucune envie de vérifier si ce que je dis est une projection fantasmée ou un danger auquel j’ai réellement échappé, mais avoir été traînée par la tignasse dans mon bureau me donne à penser que mon scénario n’est pas si irréaliste que ça et que ce qui m’attendait dans les prochains temps partait plutôt dans cette direction. Je n’aurai jamais à le vérifier. Et ça, c’est en soi un immense bonheur.

Une chose est sûre dans tous les cas : je vous hais toutes et tous, quand vous me dites des trucs pareils, quand vous me dites que c’est dommage. Foutez-vous bien ça dans le crâne, inconscient.e.s que vous êtes : chaque personne qui dit à une femme ayant réussi à quitter un homme violent (physiquement ou moralement) que c’est dommage et qu’elle aurait pu faire un effort, chacune de ces personnes porte une part de responsabilité dans le fait que toutes les autres ne parviennent pas à partir. Oui, je sais que les obstacles à la séparation sont nombreux, et qu’il y a l’emprise, le manque d’argent, la peur et la sidération, mais tous les connards et toutes les connasses qui viennent encourager les femmes victimes de violences à faire des efforts, et qui leur disent qu’elles forment un beau couple et que ce serait dommage, eh bien ces gens sont des complices du système qui cautionne les violences conjugales. Fermez vos gueules, soutenez celles qui y sont encore et félicitez celles qui sont parties.

Alors mon bonheur est imbibé de rage, j’avoue. Et ça, ça m’empêche d’avancer. Toute cette colère, mal accueillie et pas très présentable, elle me cloue sur place et elle me coupe le souffle.

J’en ai également assez qu’on ne me laisse pas bavarder 5 minutes sans essayer de me ré-associer à lui, parce qu’on a du mal à recomposer un paysage local sans ce tandem que nous formions. Je ne supporte plus qu’on me demande si je ne regrette pas. Parce que je ne peux pas toujours parler des vraies raisons qui m’ont poussée à divorcer. J’ai trop honte. Paradoxalement, personne n’arrive à me laisser être célibataire : puisqu’on ne peut plus m’associer à mon ex-mari, il faut absolument tenter de m’associer à un nouveau mec, il semble qu’on ne me foutra pas la paix tant que je ne me serai pas recasée, tant que je ne serai pas la propriété officielle d’un nouveau bonhomme.

Alors oui, en parallèle j’ai aussi des problèmes de fric et on pourrait croire que c’est également un truc qui m’empêche d’avancer. Je comprends que ma situation administrative et professionnelle puisse être perçue comme un rappel constant de ma décision de divorcer. Mais dans mon esprit ce n’est pas le cas. Je n’ai aucun souci à affronter ce qui est pourtant une conséquence directe de mon divorce, c’est-à-dire le manque d’argent, surtout en ayant perdu mon job. Mais c’est le prix à payer et je le paierais cent fois s’il le fallait.

De toute façon, quand on est une femme on est parfaitement formée à payer une facture bien salée pour tout ce qu’on obtient, parce que neuf fois sur dix on doit se battre pour obtenir le moindre truc. Mais après tout on s’en tape : l’endurance coule dans nos veines, et gérer les tombereaux de merde qui suivent un divorce ne nous fait même pas battre des cils, à nous autres sales meufs égoïstes qui avons détruit nos familles pour ne plus servir de paillasson à des connards.

Alors je veux bien affronter mes emmerdements. Mais j’en ai marre d’être dans l’après-divorce, c’est bon, faut que ça bouge, là. Je suis, malgré tout ce qui me plombe en ce moment, profondément, viscéralement, passionnément heureuse. Même si je ne nie pas être meurtrie, abîmée, voire un tantinet bancale par moments, mais bordel de merde, je suis heureuse.

Y compris quand j’écris ici, parce que ça aussi, c’est un truc que ce divorce m’a rendu : le droit d’écrire.

Alors j’ai vraiment hâte de vivre une vie qui ne soit pas la suite d’une histoire mais mon histoire tout court.

 

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Pauvre conne

 

Féministe dehors, paillasson dedans. Voilà ce qui tourne en boucle dans ma tête depuis une semaine. Tu n’es qu’une ratée, un paillasson, une abrutie. T’as laissé ta vie partir en vrille, t’as perdu toute crédibilité, comment oses-tu encore t’exprimer, t’as aucune cohérence, aucune décence, ni militante ni personnelle, comment tout ça a pu t’arriver à toi, ça n’aurait jamais du t’arriver, t’es tellement ridicule, tellement pas cohérente, quand on pense que tu ouvrais grand ta gueule sur le féminisme, avec tes histoires de corbeilles de linge distribuées dans la maison, quand on te reparle de ces articles tu te sens tellement illégitime après coup, parce que ton mec pliait le linge mais que des années plus tard il t’a pliée toi, pliée en mille et déchirée en morceaux, mais pour le linge il a été super, ah putain oui, il pliait le linge ce salopard, et ce combat dont tu affirmais qu’il se menait avant tout chez soi, contre soi, contre l’entourage immédiat, contre les injonctions au parquet brillant et au lavabo sans traces de dentifrice, mais quel cuisant échec, ça valait bien la peine d’avoir réussi à partager les tâches ménagères si c’était pour te faire attraper par les cheveux et coller contre le mur, ça valait bien le coup de ne plus toucher au fer à repasser si c’était pour être traitée de grosse pute, rabaissée, et te faire pomper tout ton fric, tu as tellement merdé, tu es une imposture, tu as trahi tes convictions, tu as trahi tes enfants, tu as capitulé comme la dernière des dernières, tu t’es laissée humilier, violenter, regarde-toi aujourd’hui, comment as-tu pu, comment as-tu pu te soumettre à ce point, comment es-tu devenue aussi coupable, aussi minable, tu t’es mal défendue, mal battue, tu as gâché au moins 10 ans de ta vie, tes choix c’était de la merde, COMMENT AS-TU PU EN ARRIVER LÀ, COMMENT AS-TU PU, CONNASSE.

Oui y a pas à dire, je produis vraiment de l’analyse pondérée.

Quand j’ai lancé ce projet, au moment où j’ai enfin pu sortir la tête de l’eau et retrouver un peu de temps de cerveau disponible, une fois le divorce prononcé, j’ai mené une réflexion plutôt raisonnable, presque professionnelle, si je peux me permettre cette prétention : j’ai fait des recherches, j’ai mobilisé des compétences, j’en ai acquis d’autres, j’ai benchmarké les contenus existants autour de ma thématique, j’ai fini par entrer dans Google “Comment faire podcast”, j’ai compilé les tutos puis j’ai retranché tout ce qui coûtait du fric, j’ai mis en place un site, j’ai créé tout ce machin avec les bidules autour, j’ai posé une sorte de démarche globale bien ficelée (enfin à mon sens), et ça a donné des choses réfléchies, comme par exemple cette calme et sereine présentation :

À ce stade, j’avais l’impression d’avoir pris du recul et d’être à la bonne distance par rapport à mon projet : motivée car concernée, mais réfléchie car pondérée. Tout ça avait un rapport avec moi mais j’en faisais une affaire de contenu, de démarche, je voulais donner du sens à quelque chose qui était, d’une certaine façon, extérieur à ce que mes tripes vomissent depuis le mois de janvier. Mon objectif était le même que pour chaque projet que j’ai monté : extraire d’un vécu personnel un contenu qui pourrait parler à d’autres femmes, nous réunir, nous donner de la force, me remettre en selle et vivre de mon travail en produisant quelque chose d’utile.

Et franchement, ça fonctionne, je fais quelque chose que je crois sincèrement utile.

Ce que je n’avais pas anticipé en revanche, c’est que je suis prisonnière d’un empilement de souffrance, d’angoisses, de stress post-traumatique, de souvenirs douloureux et de conflits intérieurs qui me rongent comme de l’acide (merde, c’est pas un bout de texte de Gainsbourg ça ?). Et chaque jour je reprends une lutte acharnée pour trouver l’énergie et le courage de penser froidement les choses, d’extirper de mon corps et de mon esprit la substance nécessaire à la rédaction et la mise en forme de contenus propres, agréablement présentés, qui puissent trouver grâce à mes yeux, et que je finis par mettre en ligne avec la certitude que je frappe juste et la crainte irrationnelle d’être punie pour mon travail.

Mais surtout, ce que je n’avais pas anticipé, c’est que mettre de la distance entre ce projet et moi, c’est totalement impossible. Et passé le choc d’une prise de conscience que j’aurais pu prévoir si j’avais été un peu plus honnête avec moi-même, je me rends compte que cette distance que je souhaitais tant mettre entre ce projet et moi, elle n’est peut-être pas souhaitable, en fait.

Je voulais croire, comme Vito Corleone, que ça n’a rien de personnel. Que c’est les affaires. Et Tom Hanks l’explique très bien à Meg Ryan dans “You’ve got mail” :

Moi aussi j’ai cru que je pourrais aller aux matelas, sans rien y mettre de moi-même, ou le moins possible.

Mais Meg Ryan a raison :

Elle dit : Mais en quoi c’est un problème que ce soit personnel ? À la base, c’est toujours personnel, non ? Ça DEVRAIT être personnel !

C’est toujours personnel. Et finalement, je crois que c’est une bonne chose, même si ça fait un peu plus mal.

J’ai géré des moments très pénibles et j’ai combattu aussi bravement que je le pouvais. J’ai tout porté à bout de bras, je me suis sortie de là, je n’ai pas craqué, j’ai finalisé cette procédure, j’ai affronté toutes les merdes qui me sont tombées sur la gueule en rafale, je suis toujours debout, plus déterminée que jamais, et prête à encaisser l’effet de traîne.

Mais maintenant que la tension de la procédure retombe, maintenant que je me couche avec la certitude que je suis en paix, seule dans mon lit, sans avoir à craindre quoi que ce soit, ni pressions, ni tensions, ni insultes, ni menaces d’aucune sorte, maintenant que je n’ai plus à gérer que l’argent et que je me pourrais commencer à me reconstruire, je lance ce projet qui me ramène, chaque putain de seconde que j’y consacre, à une rage indescriptible envers moi-même.

Je me déteste. Vous aussi ça vous fait ça ? Oui, j’en suis sûre. Certaines d’entre vous me le disent, et je vous crois. Qu’on soit féministe ou pas, qu’on ait un fort caractère ou pas (encore que : une femme qui n’a pas un caractère fort, je ne crois pas que ça existe, tellement il nous faut à toutes de la force pour affronter les torrents de merde que la vie nous inflige si on a le malheur d’être née ou devenue femme), à un moment, quand on s’extrait d’un schéma de violence, on se déteste d’avoir pu laisser tout ça nous arriver. On se repasse le film et on fait pause à chaque endroit où il nous semble percevoir une issue qu’on a pas voulu prendre, une porte entrouverte à laquelle on a tourné le dos : “Là ! Là, à ce moment-là, j’aurais pu dire stop ! Quelle conne !”

J’ai tellement honte. Tellement honte d’avoir été cette personne qui n’a pas été capable de dire stop. Et je me cogne à cette honte en relisant d’anciens textes, ceux d’avant tout ça, quand ma vie était encore quelque chose qui tenait debout. Je relis cette femme qui n’était certes pas parfaite, ou sans failles, mais qui avait l’air d’être vraiment en phase avec sa démarche, qui semblait globalement en harmonie avec une certaine façon de faire et de penser. Je n’aurais jamais cru que cette femme-là puisse tomber aussi bas, et aujourd’hui, j’essaie de lui pardonner pour la retrouver, parce que je me dis qu’elle doit toujours être là, quelque part, tapie dans un coin parce qu’elle a trop honte pour me regarder en face. Je lui en veux tellement, à cette femme-là, de n’avoir pas su me protéger de tout ça. Je voudrais redevenir elle mais en même temps, elle m’a trahie, cette salope.

Je sens que c’est possible. Ce que je suis en train d’écrire, et que je vais publier sans l’ombre d’une hésitation parce que chaque mot que je tape, en martelant mon clavier comme une brute trop pressée, fait monter en moi cette sensation de puissance que j’avais perdue mais qui m’était familière quand j’étais encore à peu près libre et à peu près digne, connectée à moi-même, me prouve que je peux me réconcilier avec cette femme-là et qu’elle me tend vraiment la main, parce que c’est elle qui m’aidera à remonter la pente.

Je vais y arriver, mais j’ai besoin d’un peu de temps pour me pardonner d’être devenue cette serpillière pour laquelle j’éprouve un si grand mépris.

Ce matin, je demandais si on peut être féministe et victime de violences conjugales en même temps, et clairement la réponse est non : on arrête d’être féministe bien sûr. Par souci de crédibilité. Et on ferme sa gueule, on tire le rideau pour que tout ça reste bien planqué, et pour vivre en silence avec cette honte.

Alors voilà, au final c’est plutôt une bonne chose que ce soit personnel. Je dois arrêter de m’insulter parce que je dis toujours qu’il faut se parler gentiment, et ne pas se dire à soi-même des choses qu’on ne dirait pas à quelqu’un d’autre. Je dois aussi cesser de valider le schéma d’inversion de culpabilité, qui est un grand classique des violences conjugales.

Et je dois assumer que ce projet est nourri par ma chair à vif autant que par les analyses que je produis, et que c’est en fait une excellente chose.

 

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Lettre aux enfants de mon futur mec

 

Chère Léa-Charlotte, cher Théo-Pierre,

Au moment où je vous écris, je ne vous connais pas encore. Et pour cause : je ne suis divorcée que depuis quelques mois et je savoure à peine ce célibat tout frais.

Je sens néanmoins une certaine ivresse me gagner et je me gave de recherches Google ridicules, allant de “libérée délivrée divorcée” à “comment éviter ex-mari taré”, sans oublier “rencontrer homme après divorce”, car je suis d’une nature optimiste.

D’autant que concrètement, je revis. Ce divorce me laisse secouée mais globalement intacte, et plus que jamais motivée à profiter de tout ce que la vie peut m’offrir. Ne plus être jugée au quotidien est une libération incroyable. Je n’ai plus peur d’être moi. Bien sûr, j’ai peur de tout un tas de choses. Ce bail que j’ai récupéré, ce qui pourrait me permettre de rester locataire de cette maison que j’aime beaucoup et dans laquelle mes enfants se sentent également très bien, implique de payer seule le loyer et c’est ok, j’assume les conséquences de ma décision, mais ce n’est pas une partie de plaisir.

Et puis, saurai-je vérifier l’absence de fuites dans le toit ? Parviendrai-je à boucler mes fins de mois ? On ne va pas se mentir : le deuil des courses où on tend sa carte bancaire sans stress est assez dur à faire, et seuls les gens qui n’ont jamais manqué d’argent prétendront que ce n’est pas ça qui compte. Ça compte méchamment. J’ai déjà connu des fins de mois si difficiles qu’elles commençaient le 5, et je ne suis pas vraiment ravie de retrouver ce genre de merde. Je n’ai évidemment demandé aucune prestation compensatoire, en dépit de l’actuelle disparité de nos ressources. Pas par esprit de sacrifice mais par souhait d’éviter toute pression : quand mon avocate a abordé le sujet, mes tripes se sont nouées à l’idée d’être encore tenue en laisse par un quelconque arrangement financier. J’ai pris une décision et la liberté se paie, c’est comme ça. J’ai donc refusé de demander quoi que ce soit.

Mais parce que je suis optimiste, je n’exclus pas du tout de rencontrer un homme, un de ces quatre. Divorcer ne signifie pas que je ne crois plus en l’amour, bien au contraire. Je n’ai pas oublié à quel point ça peut être cool d’être deux.

Alors je suppose que le jour où j’aurai à nouveau envie de me foutre à poil, ça va chauffer dans ma culotte. Et peut-être qu’après ça, je ne serai pas contre l’idée de me remettre en couple, si je rencontre un mec cool. Ce veinard bénéficiera alors de la sagesse acquise lors du naufrage de mon mariage : des compromis, ok, me compromettre, plus jamais.

Ce mec-là aura probablement mon âge voire un peu plus. J’ai 45 ans. Pas besoin d’être grand clerc pour comprendre que j’ai très peu de chances de tomber sur un type qui n’a pas d’enfants. Avec un peu de bol, il les aura eus jeune, comme moi. Oui, la petite vingtaine, ce serait l’âge idéal pour vous, Léa-Charlotte et Théo-Pierre. Ainsi vous vous ficheriez pas mal de savoir avec qui vos parents fraient, du moment qu’ils sont heureux. Le divorce de votre père serait digéré depuis longtemps et vous me considéreriez avec une indifférence polie.

Malheureusement, j’ai bien peur de ne pas avoir cette chance. Et la vérité, c’est que je n’ai pas du tout envie de devenir une belle-mère. Ni la vôtre ni celle de personne.

Je ne sais donc pas quel âge vous aurez quand ma route croisera la vôtre, Léa-Charlotte et Théo-Pierre. Mais je vous crains adolescents et renfrognés. Je crains également votre mère, ne sachant pas dans quelles circonstances votre père et elle se seront séparés, ni où en sera leur état d’esprit quand je débarquerai dans ce film-là comme une chienne galeuse dans un jeu de quilles.

Mes projets de vie n’avaient jusqu’ici jamais fait aucune place à des concepts tels que “divorce”, “famille recomposée”, “ex-machin-truc” et “refaire sa vie”. Je suis une banale bonne femme et je pensais vieillir avec le mec que j’avais épousé, une fois et pas deux, car tous ces trucs modernes n’étaient pas faits pour moi. Mais bon, voilà, ça arrive.

Il y a encore deux jours, quand je plaisantais à propos de mes éventuelles rencontres masculines, je n’avais pas pris conscience du fait qu’une écrasante majorité des candidats possibles se pointeraient dans ma vie avec leur propre bagage familial et parental.

Mais là, je réalise que si une histoire se profile, avec un chouette gars qui serait assez content d’être avec moi pour que nos parties de jambes en l’air puissent évoluer en une véritable histoire d’amour, vous serez là aussi, vous les enfants de mon nouveau compagnon. Et vous serez bien plus légitimes que moi. Je n’aurai de place que celle que vous m’accorderez, car votre père vous fera passer avant moi, du moins s’il a un minimum de bon sens, de la même façon que je ferai passer mes enfants avant lui.

Je sais que je suis supposée vous aimer par principe, car vous êtes ses enfants et que dans l’absolu je suis une meuf cool. Mais à ce stade de ma vie, je n’ai aucune envie de m’y sentir obligée. Et puis regardons les choses en face : il y a tout de même de fortes chances que vous-mêmes me détestiez, par principe aussi. Franchement, je vous comprends. Alors ne vous sentez pas coupables de ne pas pouvoir m’encadrer, et de m’appeler en douce “la greluche à papa” ou “l’autre garce”. Sentez-vous libres également de construire des surnoms dégueulasses avec mon prénom. Ces deux dernières années, j’ai moi-même remplacé la troisième syllabe du prénom d’une des maîtresses de mon ex-mari par le mot “pute” et ça lui allait très bien, même si c’était assez problématique sur le plan de la sororité féministe universelle.

Je n’ai pas tellement hâte non plus d’être officialisée auprès de votre maman. Elle est sûrement sympathique et ne me voudra aucun mal (enfin j’espère), mais vous comprendrez qu’à ce moment précis de mon existence, il est déjà difficile pour moi d’envisager que je puisse à nouveau aimer et être aimée, alors imaginer que cet hypothétique amour implique de passer par la validation de l’ex-femme de mon nouveau compagnon, ça ne me vend pas tellement du rêve, sans offense pour elle. Je ressuscite à peine d’une longue noyade qui m’a poussée à me soumettre à la validation constante de mon ex-mari sans jamais réussir à l’obtenir, vous admettrez donc que re-signer pour le même sketch multiplié par trois me colle une légère montée d’angoisse.

Pour être tout à fait franche, je cherche déjà des excuses afin de ne pas vous rencontrer trop vite. Je prends même des notes :

“Chéri, rien ne presse. Tes enfants n’ont pas sûrement pas très envie de me voir, et nous ne sommes pas aux pièces, prends ton temps.”

“Noël ? Non non vraiment, aucune urgence à le passer ensemble.” (Plutôt m’enfoncer une fourchette sous les ongles que de me voir disséquée par vous).

Oui, j’ai beau retourner le truc dans tous les sens, je n’ai pas très envie de vous connaître et c’est sûrement réciproque. Je n’ai rien contre vous mais honnêtement, j’ai déjà la flemme de me mettre en quatre pour espérer ne pas trop vous déplaire, sachant que vous serez sûrement encore assez jeunes pour être en méfiance automatique à mon égard. En plus de ça, les gosses de votre âge, c’est un peu con, très très chiant et si j’ai traversé l’adolescence des miens avec une relative sérénité, c’est parce que je suis leur mère et que l’inépuisable réserve d’amour qui permet d’endurer la transitoire stupidité de ses propres rejetons est une valeur sûre. Sûre, mais assez peu transposable.

Je sais aussi qu’il y a un fort impensé social autour des sentiments qu’on nourrit envers les enfants de son compagnon. Je le lève sans gêne, dans cette période où je m’accorde à nouveau un droit auquel j’avais renoncé depuis plusieurs années : me faire passer en premier dans mes choix de femme. Je n’ai donc pas envie qu’on m’oblige à vous aimer, Léa-Charlotte et Théo-Pierre, mais je m’engage à toujours vous respecter.

Ceci étant posé, pour l’instant mon seul objectif est de prendre soin de moi et de mes propres enfants. J’ai envie de survivre à tout ça et de me retrouver un peu. Et ensuite, j’aurai probablement envie de me payer une bonne tranche de petits plaisirs, puis viendra le moment où j’aurai peut-être envie d’être étreinte à nouveau, par un mec bienveillant (il paraît qu’il y en a). Je sais bien que je ne pourrai pas vous contourner si vous existez, mais l’épuisement me submerge à l’idée même de devoir vous prendre en compte, dans une équation qui comporte encore bien trop d’inconnues.

J’ai pensé à vous alors que je n’y suis pas encore obligée. Je vais donc vous oublier pour l’instant. J’espère que vous me pardonnerez mon indélicatesse et mon manque d’enthousiasme. Vous ne serez pas forcément des petits cons, et peut-être aurai-je honte un jour de vous avoir si peu considérés alors que nous nous entendrons finalement très bien. Mais là, pour de vrai, restez où vous êtes. J’espère toutefois que mes réticences ne sont pas gravées dans le marbre et qu’elles se feront assez discrètes pour que je ne sois pas tentée de prendre la fuite à cause de vous, quand ça deviendra sérieux entre votre père et moi. Parce que ça ferait de moi une foutue connasse et que ce serait vraiment dommage de se priver d’une opportunité de bonheur par peur de vous affronter.

On se rencontrera peut-être quand même, finalement.

Bisous,

La greluche à votre père